De Saddam Hussein comme démonstration de la potence

Publié le par Nico

 
  Aux grés de mes pérégrinations, le cul sur mon siège, dans les câbles sans fins de l’Internet aux croisements desquels on trouve de beaux carrefours, je lis un commentaire, sur le blog d’un ami, qui n’a rien avoir avec l’article disant : « Saddam Hussein est mort, champagne ! ». Ma mélancolie a bondit sur l’échelle de la tristesse de sa moyenne quotidienne de 6.5 à 9. Je clique sur le lien de son auteur. Je tombe sur le site d’un néo-conservateur français. Je suis accablé, l’échelle pète…
  Après avoir vu la teneur de ses propos, j’arrive à comprendre comment un occidental comme lui peut éprouver une joie aussi légère face à cette exécution. Entendons-nous bien, je ne pleure absolument pas sur Saddam. On connaît ses crimes et c’est pour cela que son procès aurait dû durer quelques années…Et que pour moi il devait finir sa vie en prison. On peut avoir de la compassion pour les irakiens, les kurdes, essayer d’imaginer et de partager leur peine. Tous ses opposants, ses victimes ont très certainement beaucoup souffert et perdus dans leur chaire. Et c'est peut dire. Leur envie de meurtre est légitime ou du moins compréhensible. Qu’un français exalté par l’idéologie de Bush, en soit heureux comme si il avait gagné 500 euro au Banco me semble déplacé.
  La façon dont s’est déroulée cette pendaison est une honte. Ce n’est pas Saddam en lui même qui a été bafoué c’est la dignité humaine. Elle est de l’âge des autodafés sous l’Inquisition ou presque. On me répondra peut-être : «Et lui, il l’a respecté la dignité humaine ? ». Je croyais que la Justice était là pour que les hommes ne se rendent pas justice eux-mêmes et ne commettent pas d’actes barbares. Comme je l’ai écrit dans ma réponse à ce commentaire, la Justice doit-elle s’exercer à la manière des crimes qu’elle juge, devenir aussi basse que ce qu’elle condamne ? Non. Le « œil pour œil, dent pour dent » est valable dans la jungle pour les animaux, pour les ultra-libéraux qui considèrent la compétition comme «naturelle » et qui appliquent donc à l’homme la sélection naturelle de mise chez les bêtes : ils choisissent clairement le sacrifice des faibles, la survie des moyens et le profit des plus forts, ou alors quand on a plus aucune protection et qu’on a plus le choix. On dirait que certains, ceux qui sont libres et confortablement installés dans leur fauteuil en cuir l’œil rivé sur le Down Jones ou le CAC 40, ceux qui intacts dans leur être sont pour la peine de mort, ont oublié que nous étions des entités douées de conscience, capables de faire évoluer nos rapports pour justement s’éloigner des rivalités animales présentes en nous et essayer de vivre le plus harmonieusement possible ensemble… Mais il faudra toujours trouver des coupables, les punir violemment aux yeux de tous pour expier notre vrai besoin du goût du sang dans la bouche… On ne se flagelle plus. Nous ne sommes plus responsables de rien. C’est les autres et il faut qu’ils payent ! Aux Etats-Unis, en Chine, lorsqu’un homme est condamné à la mort part les tribunaux après un procés équitable, ils devraient demander à sa victime, si elle est partisane de la peine capitale, de venir l’exécuter elle-même. Et oui, y faut assumer. C’est facile de se décharger sur les juges et les bourreaux. Tout ça très encadré par l’administration bien sùr. Il y aurait, je l’espères, beaucoup de désistements…
  Je ne pense pas que prendre la vie puisse se faire aussi délibérément et joyeusement. Ou alors on est un malade, ou une personne que la souffrance à transformée au point qu’elle ne désire rien d’autres plus que la vengeance.
  Comment se réjouir de voir la dernière once de part d’humanité d’un homme, celle qui nous unie toutes et tous, jetée dans la boue et le crachat ? Peut-être lorsque on ne veut voir que la victoire et ses images choisies car, au final, il n’y a que ça qui compte. Tous les moyens sont bons. Le but atteint fait vite oublier les horreurs de sa réalisation. Pour moi il y‘a des limites quand le sang se mélange à la merde. Ou, par exemple, Les Droits de l’Homme et du Citoyen, La Convention de Genève… Le respect de la dignité humaine et nous savons tous, en notre fort intérieur, lorsqu'elle est méprisée. Le dégoût vient se prendre dans la gorge...
  Tout ça n’est pas de l’angélisme. Il est plus difficile de réfléchir le plus possible pour éviter au maximum les dégâts collatéraux que de dire on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs la fleur au fusil. On dirait, parfois, qu’il y en a qui aime voir le sang couler...
 
 

Publié dans La vie quoi!

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P
pourquoi pas pour de vrai? sale post néo conservateur...
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B
"La guerre est un mal qui déshonore le genre humain"                                                                        FenelonJe comprend et je partage ta colère mais je ne sais pas comment fonctionne ces histoires de pouvoir. Je crains  que ce ne soit moins le bête gout d'une sang qu'une sombre idéologie. J'ai peur que ce soit en plus des jeux du cirque une réel guerre idéologique. A mort les néo-conservateur !! (pas "à mort" pour de vrai bien sûre).
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D
Eh oui ! Réfléchir est difficile. Très inconfortable pour soi. Surtout quand il s'agit d'évoquer la monstruosité. Que ferions-nous d'un pouvoir absolu sur les autres ? Irions-nous jusqu'à l'assassinat ? En dépit de nos belles idées, de notre culture, de... ?
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