Les arbres se déchirent.

Publié le par Nico

  La peau colle au crâne, les traits se tirent et le visage bascule.
  La terre crisse entre les dents. L'air vient épais dans les narines. Les rideaux de pluie successifs sur le chemin s'écartent naturellement au contact du corps qui se coulent dans leur drapé. Ils glissent jusqu'au sol tout le long de la tension. Les pas déchirent en plein de lambeaux éparpillés les étoffes liquides qui jonchent le bitume rendu miroir noir du ciel énervé. Le jour s'embourbe dans l'obscurité, comme si la nuit se relevait n'importe quand ne respectant plus les heures; les nuages fiers de boucher tout horizon déroulent leur tombé de nuit putschiste.
  La balade vire à l'exutoire. Elle n'était pas prévue. Après l'explosion il a fallu partir vite. Eviter les retombées. La résonance de la décharge; ça sent encore la poudre. Même loin. Les vêtements imprégnés de l'odeur de bombe. La braise descend dans la gorge, la nicotine s'insinue dans le sang et je recrache la fumée... C'est la deuxième roulée à composer avec les doigts mouillés. Je souffle enfin un peu de mes idées noires dans la volute. Chaque pas m'éloigne du cratère mais j'ai les cailloux de l'endroit dans la bouche. Je crache tant que je peux, semant à la Petit Poucet une piste que personne ne suivra plus. C'est mieux ainsi. Le cœur d'artichaut a épuisé sa dernière feuille à "plus du tout" et ma bouche est la corne d'abondance aux graviers.
  Le vent me souffle dans les feuilles l'écho des mots déjà échangés. Leur poids a fini par casser la branche. Leur onde de choc a déraciné l'arbre fragilisé au fil des coups de hache. Sa chute l'a fendu doucement de haut en bas. Les chênes bornant ma route rigolent de voir une moitié d'arbre marcher les racines à l'air. A les frotter sur le goudron. L'autre moitié est quelque part. Nos phrases perdurent sur nos chaires encore mâchées, sur nos fiertés éclatées, cachées pour récupérer dans chacun nôtre ailleurs que nous. Nos futurs prennent pour notre bien, d'un commun accord, une pâte d'oie qui sépare le nôtre.
  J'ai besoin des mots pour réaliser. Je les inscris, je les relis et ils inscrivent derrière la façade de protection. Ils la rendent perméable à moi-même. Et exagèrent peut-être même un peu...
  Je regagne mes murs et y accroche de nouvelles affiches.

 

Publié dans J'te fais des phrases.

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